"Rendre la ventilation obligatoire également dans les rénovations"
"Ceux qui rénovent en profondeur une habitation rendent souvent le bâtiment presque aussi étanche à l'air et bien isolé qu'une nouvelle construction. Alors pourquoi la ventilation n'est-elle pas obligatoire dans les rénovations? Cette question est au cœur des préoccupations de Ventibel, l'organisation belge de défense des intérêts du secteur de la ventilation. Nous nous sommes entretenus avec son président, Yves Lambert, et son secrétaire général, Luc Dedeyne.
Yves Lambert travaille dans le secteur de la ventilation depuis 30 ans. Il a fait carrière chez le fabricant de ventilateurs Renson, de la vente à son poste actuel de responsable des affaires publiques. Il a récemment été réélu président de Ventibel, la fédération professionnelle belge de la ventilation. Il est également vice-président d'Evia, l'association européenne de la ventilation. Yves est également actif dans le secteur de la protection solaire, notamment en tant que vice-président de Verozo, l'association professionnelle belge pour la protection solaire et les volets roulants.
Luc Dedeyne est architecte de formation et s'est concentré sur la construction économe en énergie dès le début de sa carrière. Aujourd'hui, il reste actif en tant qu'architecte dans une mesure limitée afin de rester en contact avec la pratique. Il travaille également comme conseiller en énergie pour Bouwunie et enseigne l'EPB et l'EPC à SBM et Vives. Il est rapporteur en ventilation, chargé de concevoir, mesurer et réglementer les installations de ventilation, et secrétaire général de Ventibel.
Isolation et ventilation vont de pair
Ventibel représente le secteur de la ventilation auprès des décideurs politiques tels que l'Agence flamande de l'énergie et du climat (VEKA), Bruxelles Environnement et le Service public de Wallonie (SPW). Lors de ces discussions, une question figure en bonne place à l'ordre du jour: "Comment la ventilation peut-elle être intégrée structurellement dans les rénovations?
Pour les nouveaux bâtiments et les rénovations nécessitant un permis, la réglementation est claire: un système de ventilation est obligatoire en Flandre, à Bruxelles et en Wallonie. Mais pour les rénovations qui ne nécessitent pas de permis, il n'y a pas d'obligation de ventilation jusqu'à aujourd'hui. Ainsi, tous les travaux effectués dans le volume existant d'une maison sont en principe exemptés de l'obligation de permis. Il s'agit notamment de la pose d'une isolation intérieure, de la post-isolation des murs creux, du remplacement des fenêtres, etc.
"Or, l'isolation et la ventilation vont de pair", précise Yves Lambert. "Lorsqu'une maison ancienne est isolée, elle devient plus étanche à l'air. Les interstices et les fissures, et donc les bouches d'aération naturelles, sont obturés. Par conséquent, sans ventilation, les problèmes d'humidité, de moisissures et de mauvaise qualité de l'air intérieur peuvent rapidement apparaître, avec tous les risques pour la santé que cela implique."
"Il faut abandonner l'idée que la ventilation est un coût, non, c'est un gain pour la santé", poursuit Mme Lambert. "De plus, aujourd'hui, la ventilation n'est effectuée que lorsqu'elle est nécessaire et là où elle l'est. En effet, les systèmes de ventilation qui fonctionnent en heures supplémentaires alors qu'il n'y a personne à la maison appartiennent au passé. Aujourd'hui, les systèmes à la demande sont devenus la norme, en partie grâce à la forte baisse du prix des capteurs. Ceux-ci mesurent en permanence la qualité de l'air (CO2, COV, etc.) et ajustent le débit de ventilation en conséquence.
"Lorsqu'une maison ancienne est isolée, elle devient plus étanche à l'air et des problèmes d'humidité, de moisissures et de mauvaise qualité de l'air intérieur peuvent rapidement apparaître"
Une ventilation adaptée à la rénovation
"Il existe également de plus en plus de solutions adaptées aux rénovations", poursuit Luc Dedeyne. "Par exemple, dans son Innovation Paper 41, Buildwise décrit huit concepts de ventilation différents qui rendent la ventilation dans les rénovations plus flexible et réalisable. Il s'agit notamment de variantes des systèmes C et D."
En effet, la ventilation dans les rénovations est plus complexe que dans les nouvelles constructions. Dans les maisons existantes, il n'y a pas toujours assez d'espace pour les conduits de ventilation ou un groupe de ventilation. Parfois, il est également difficile de réaliser des ouvertures d'alimentation naturelle, par exemple lorsque les fenêtres sont conservées. En outre, le coût joue souvent un rôle important: dans les rénovations, les investissements dans l'isolation ou le chauffage sont généralement prioritaires.
Par conséquent, il n'est pas toujours possible d'installer un système de ventilation complet C ou D dans les bâtiments existants. "C'est précisément pour cette raison que les concepts alternatifs décrits par Buildwise sont si importants", explique M. Dedeyne. "Prenons l'exemple du hall C (voir tableau). Dans ce cas, l'alimentation naturelle ne se fait que dans le hall d'entrée, par exemple en intégrant une grille d'alimentation dans la petite fenêtre que l'on voit souvent dans les maisons anciennes au-dessus de la porte d'entrée. L'évacuation est ensuite assurée dans les pièces elles-mêmes. Cela peut se faire par le biais d'appareils individuels ou d'un système central."
"Un autre avantage est que les installations déjà en place ne doivent pas toujours être remplacées. Ainsi, une solution existante dans la salle de bain ne doit pas être jetée, mais peut être combinée avec un autre système de ventilation", ajoute M. Dedeyne.
La ventilation en tête des priorités européennes
L'intégration structurelle de la ventilation dans la rénovation n'est cependant pas un exercice facile. "Alors que les projets de construction neuve suivent une voie claire - avec un architecte, un permis et des exigences en matière de PEB - les rénovations se font souvent par étapes et sans architecte. L'application et le contrôle sont donc plus complexes", explique Yves Lambert.
Néanmoins, des mesures ont déjà été prises. Ventibel a par exemple réussi à associer la ventilation au label flamand "premium". Toute personne ayant rénové son habitation de fond en comble et obtenu un meilleur label EPC pouvait bénéficier d'une prime supplémentaire pour la ventilation. "Il y a eu beaucoup de travail préparatoire, en collaboration avec VEKA", explique Lambert. "Un protocole d'inspection a été élaboré et des formations ont été organisées. La prime, qui pouvait atteindre 1.000 euros, était censée rendre les rénovations non seulement plus efficaces sur le plan énergétique, mais aussi plus saines. Cependant, la mesure a été supprimée peu de temps après son introduction, pour des raisons budgétaires. "Une occasion manquée pour la qualité de l'air dans les rénovations."
Cependant, l'Europe a également placé la qualité de l'air en tête de ses priorités. La révision de 2024 de la directive sur la performance énergétique des bâtiments (EPBD) accorde pour la première fois une place importante à la qualité de l'air intérieur. En plus de l'efficacité énergétique, la température, l'humidité, la ventilation et les polluants seront désormais pris en compte et regroupés sous l'appellation "qualité de l'environnement intérieur", a déclaré Mme Lambert. "Les États membres devront surveiller ces paramètres, d'abord dans les bâtiments non résidentiels, puis dans les bâtiments résidentiels."
Pour Ventibel, il s'agit d'un levier important. "Nous espérons que cela incitera à repenser sérieusement la ventilation, y compris dans les rénovations", précise Luc Dedeyne. "D'autant plus que les régions travaillent à la fusion de l'EPB et de l'EPC, qui entrerait en vigueur à partir de 2030. Cela offre des possibilités d'inclure structurellement les exigences en matière de ventilation."

"Aujourd'hui, les systèmes axés sur la demande, en partie grâce au prix fortement réduit des capteurs, sont devenus la norme. Ils mesurent en permanence la qualité de l'air en termes de CO2, de COV, etc. et ajustent le débit de ventilation en conséquence"
En outre, selon M. Dedeyne, la ventilation devrait explicitement faire partie du Plan flamand de rénovation des bâtiments 2050, dans le cadre duquel les habitations devraient être rendues aptes à l'utilisation de pompes à chaleur. "Il existe en fait une suite logique de mesures, mais elle est trop souvent omise aujourd'hui, en particulier dans les rénovations", explique-t-il.
"Les gens pensent immédiatement à l'isolation et à l'installation d'une pompe à chaleur", poursuit M. Dedeyne. "Mais nous avons précisé que deux étapes cruciales précèdent ces mesures: l'étanchéité à l'air et la ventilation."
"Tout d'abord, il faut améliorer l'étanchéité à l'air de la maison. Cela peut souvent se faire par des interventions relativement simples et abordables, comme le colmatage des fissures et des crevasses. Pour un millier d'euros, vous pouvez déjà faire une grande différence. Ce n'est qu'ensuite que la ventilation entre en jeu. En effet, un bon système de ventilation fonctionne beaucoup plus efficacement dans une maison étanche à l'air. Si vous extrayez l'air d'une salle de bains dont les fenêtres sont pleines de fissures, vous attirerez principalement l'air extérieur au lieu d'évacuer efficacement l'air humide. Il faut alors beaucoup plus de temps pour que la pièce soit vraiment sèche."
"Je commence même à penser de plus en plus que les installateurs de systèmes de ventilation devraient également se préoccuper de l'étanchéité à l'air des bâtiments existants. Où se trouvent les fissures et les crevasses? Après tout, c'est aussi dans l'intérêt du bon fonctionnement de leur propre installation", a déclaré M. Dedeyne.
Un cadre de qualité apporte de nombreux avantages
"La qualité de la ventilation dépend en effet de l'exécution. En fait, nous voulons que l'approche soit la même pour les rénovations que pour les nouvelles constructions en Flandre", explique M. Lambert. "La Flandre et la France sont les seuls pays à avoir développé un cadre de qualité pour les installations de ventilation. Par exemple, un avant-projet du système de ventilation doit être établi avant le début des travaux et un rapport de performance de la ventilation doit être établi après l'achèvement des travaux, qui comprend un contrôle des débits."
"Ce contrôle de qualité était vraiment nécessaire", affirme Luc Dedeyne. "Aujourd'hui, la qualité des systèmes de ventilation installés est très élevée et les cow-boys sont exclus. Aucune technologie n'est contrôlée aussi strictement que la ventilation. À Bruxelles et en Wallonie, où il n'existe pas de cadre de qualité, nous constatons souvent une qualité nettement inférieure des travaux réalisés lors des inspections. Un cadre de qualité n'y serait certainement pas un luxe inutile."
"En outre, nous y constatons une concurrence plus déloyale", ajoute Yves Lambert. "Les offres pour un système de ventilation solide avec des gaines et des composants spécifiés sont concurrencées par des offres moins chères sans spécifications. Bien qu'à première vue, les offres semblent comparables pour l'utilisateur final, dans la pratique, la qualité de la solution la moins chère laisse souvent à désirer. Cela ne contribue évidemment pas à améliorer l'image de la ventilation."
"D'ailleurs, je conseille aux installateurs de toujours revoir un devis avec le client", précise Luc Dedeyne. "Prenons un exemple simple: vous fournissez trois vannes dans le salon, alors qu'un concurrent n'en fournit que deux. Mais ce robinet supplémentaire ne fait que réduire la consommation, le bruit et la hauteur de chute. Des différences importantes donc, que le client doit connaître pour faire son choix en toute connaissance de cause."
Après tout, il est important que la ventilation soit comprise correctement. "Les purificateurs d'air, par exemple, sont souvent considérés comme une alternative, mais ce n'est pas correct", déclare Yves Lambert. "La plupart des épurateurs d'air ne font pas du tout ce qu'ils disent, et s'ils sont utilisés, ce n'est qu'à titre complémentaire. Ils ne remplacent certainement pas un système de ventilation. La ventilation consiste à renouveler l'air: l'alimentation et l'évacuation."
MESUREZ ET SIGNALEZ VOTRE SYSTÈME DE VENTILATION LUI-MÊME
"Où se situent les plus grandes opportunités pour les installateurs aujourd'hui? Principalement dans la qualité et l'expertise", répond Luc Dedeyne. "Je donne des formations aux installateurs qui mesurent et règlent les systèmes de ventilation. En fait, chaque installateur devrait régler, mesurer et faire un rapport sur sa propre installation au lieu de laisser cette tâche à une partie externe.
Selon M. Dedeyne, c'est là que les choses se gâtent encore trop souvent aujourd'hui. "Certaines sociétés de mesure n'ont que peu d'intérêt à régler correctement une installation. Au contraire: si elles doivent revenir plus tard, elles peuvent envoyer une autre facture. Je connais des cas où une première mesure coûte 150 euros et une deuxième visite 250 euros. Ils ont alors presque intérêt à ce que le débit dans la salle de bains soit de 45 au lieu de 50 m³/h."
En outre, c'est l'installateur lui-même qui connaît le mieux l'installation, souligne-t-il. "Parfois, par exemple, certaines gaines sont reliées dans l'épaisseur d'un plancher intermédiaire. Cela ne se voit pas lors d'une mesure, mais l'installateur le sait et peut procéder à des ajustements ciblés. C'est pourquoi je préconise que les installateurs prennent eux-mêmes la responsabilité de mesurer et d'ajuster leurs systèmes".
En même temps, M. Dedeyne met en garde contre le fait de se perdre dans des éléments extérieurs au système de ventilation mécanique. "Prenons l'exemple de la mesure des ouvertures de passage dans le système D. Il s'agit d'espaces sous les portes intérieures. Parfois, il y a un profil de transition entre le sol et la moquette qui rend cet espace trop petit. Si cela doit être ajusté par la suite, la personne qui a mesuré ces espaces doit revenir et tout vérifier à nouveau. Mon conseil aux installateurs est donc le suivant: concentrez-vous sur la partie mécanique et ne vous occupez pas du reste.